{"id":149,"date":"2009-02-06T17:52:40","date_gmt":"2009-02-06T15:52:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.wazabizapto.org\/ooe\/niger\/?p=149"},"modified":"2011-05-02T19:23:59","modified_gmt":"2011-05-02T17:23:59","slug":"lundi-25-aout","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wazabizapto.org\/ooe\/niger\/?p=149","title":{"rendered":"Lundi 25 ao\u00fbt"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: center;\"><a title=\"(vers Barcelone)\" rel=\"lightbox\" href=\"intoafotos\/aller\/P1130342.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-236\" title=\"photos\" src=\"http:\/\/www.wazabizapto.org\/ooe\/niger\/wp-content\/uploads\/2009\/02\/yeu.gif\" alt=\"yeu\" width=\"89\" height=\"68\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">10h et quelques. <a title=\"There and back again.\" rel=\"lightbox\" href=\"into-africa.gif\">Avignon centre<\/a>. Ecrire ne changera rien. Mais je sens que je n&#8217;ai pas le choix.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">15h08. Portbou, Espagne. Dans cette petite gare, nous attendons vraisemblablement tous le train pour Barcelone. Moyenne d\u2019\u00e2ge des voyageurs\u00a0: la vingtaine. Jeunes Europ\u00e9ens propres sur eux. Accents germaniques. Froissis des pages de guides touristiques. M\u00e2choires saines mastiquant sandwiches. Jeunes filles en costumes affriolants d\u2019\u00e9t\u00e9s estudiantins sur la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">16h20. Dans le train pour Barcelone. Impression tenace de me trouver au beau milieu d\u2019une colonie de vacances internationale, \u00e0 pr\u00e9sent tout le monde autour de moi parle anglais ou fran\u00e7ais \u2013 sauf un quadrag\u00e9naire contrit qui s\u2019est adress\u00e9 \u00e0 moi en espagnol, croyant avoir affaire \u00e0 un autochtone, et qui s\u2019est montr\u00e9 fort exasp\u00e9r\u00e9 du contraire \u2013 ainsi qu\u2019un individu hirsute aux mains difformes \u00e9trangement agripp\u00e9es sur un verre de vin, qui a d\u00e9boul\u00e9 sur le quai en hurlant des paroles incompr\u00e9hensibles sans s&#8217;adresser \u00e0 personne en particulier, haine inarticul\u00e9e source d&#8217;une grande hilarit\u00e9 parmi la foule des \u00e9tudiants.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">Assis face \u00e0 moi, un vieux couple anglophone, apparemment des Britanniques\u00a0; la dame, aux yeux per\u00e7ants et visage tout sourire\u00a0; saisit le moindre pr\u00e9texte pour se gausser de la situation, et partager ses r\u00e9flexions sur les diff\u00e9rents passagers avec son mari en de longues messes basses chuchot\u00e9es \u00e0 son oreille\u00a0; ce dernier marmonne toujours un vague assentiment, l&#8217;air effray\u00e9 qu\u2019on surprenne leur conversation.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">(quelques heures plus tard) En fin de compte, ils arrivent de Nouvelle-Z\u00e9lande. Rodney et Michelle. Lui farouche, grands yeux bleus \u00e9carquill\u00e9s en perp\u00e9tuel ahurissement \u2013 elle rieuse et loquace, v\u00e9ritable siphon \u00e0 conversation. Tr\u00e8s aimables. Grands amateurs de voyages ferroviaires, lanc\u00e9s dans un tour de l\u2019Europe en train. Michelle engage la conversation en me voyant lire \u2013 laborieusement \u2013 mon livre en mandarin\u00a0: elle avait commenc\u00e9 l\u2019apprentissage de cette langue elle-m\u00eame, par correspondance, avant d\u2019arr\u00eater. Nous parlons cin\u00e9ma, ils m\u2019expliquent bien des choses sur les Maoris\u00a0; je les \u00e9poustoufle en leur apprenant qu\u2019une nouvelle loi est en passe d\u2019\u00eatre adopt\u00e9e dans leur pays contre la vente d\u2019alcool dans les petites \u00e9piceries au coin des rues \u2013 \u00e9v\u00e9nement capital dont je suis au fait par la gr\u00e2ce de l\u2019une de mes ultimes revues de presse pour l\u2019industrie de l\u2019alcool, avant que de quitter <a href=\"http:\/\/www.wazabizapto.org\/immersion\" target=\"_blank\">le Bureau<\/a> pour toujours. Je m\u2019entends avec Rodney et Michelle comme larrons en foire\u00a0; ils me laissent m\u00eame leur adresse en pays kiwi, au cas o\u00f9.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">Barcelona Sants. L\u00e2cher de mon lourd sac bleu \u00e0 la consigne, encore deux heures avant mon d\u00e9part pour Cordoue. Dehors, le ciel est plomb\u00e9 d\u2019hydrocarbures incandescents. \u00c0 l\u2019instinct je vadrouille, une avenue me porte amplement jusqu\u2019au pied de vastes \u00e9difices, culminant avec le mus\u00e9e d\u2019Art moderne qui domine la ville du haut de sa colline. D\u00e9lire de v\u00e9g\u00e9tation, d\u2019escaliers, de fontaines \u00e0 sec dans l\u2019air vici\u00e9\u00a0; empire du stuc en folie. Je parviens au sommet trop tard pour le mus\u00e9e, portes closes\u00a0; je m&#8217;absorbe moment dans la contemplation de la cit\u00e9 en contrebas \u2013 ses murs sales, ses grues immobiles \u2013 mais j\u2019ai l\u2019oreille titill\u00e9e par les \u00e9chos d\u2019un concert de jazz endiabl\u00e9, qui me para\u00eet se d\u00e9rouler non loin de l\u00e0. M\u00fb par une impulsion subite, je me lance \u00e0 la recherche de l\u2019endroit, bien conscient de ne disposer que d&#8217;une courte demi-heure avant le d\u00e9part du train pour Cordoue \u2013 et disparais dans les ombres d&#8217;une jungle grasse et foisonnante, envahissant de ses lianes enchev\u00eatr\u00e9es les all\u00e9es gravillonn\u00e9es des palais de Maharadjas qui se pressent au flanc de cette colline, o\u00f9 j&#8217;ai l&#8217;heur de voir se mat\u00e9rialiser quelque d\u00e9esse, cr\u00e9ature sublime et manucur\u00e9e, aux galbes parfaits, promenant en laisse de minuscules canid\u00e9s prudents et appr\u00eat\u00e9s \u2013 quand mon ou\u00efe me guide enfin aux portes du \u00ab\u00a0Teatro Griego\u00a0\u00bb, au c\u0153ur de la flore luxuriante s&#8217;\u00e9tendant par-del\u00e0 le mus\u00e9e d\u2019Ethnologie \u2013 mais comme je touche au but, une paire de solides gorilles me barre soudain le passage, pour un pr\u00e9texte fallacieux (je n&#8217;ai pas de ticket).<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">Retour au pas de course, et le temps de r\u00e9cup\u00e9rer mon sac et d\u2019acqu\u00e9rir une indispensable pomme verte dans un hypermarch\u00e9, o\u00f9 une jeune caissi\u00e8re sourit sans un mot devant mon achat rustique \u2013 je trouve le quai, le train, le wagon et la place ; je m\u2019y effondre \u00e0 peine quelques instants avant le d\u00e9part, \u00e9claboussant de ma transpiration les alentours.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><span lang=\"FR\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de moi, une dame d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es. Elle est mexicaine, se rend \u00e0 M\u00e1laga voir de la famille, et se montre d\u2019une ang\u00e9lique patience devant mes bredouillements hispaniques \u2013 peut-\u00eatre parce que je lui ai sacrifi\u00e9 l\u2019une de mes bouteilles d\u2019eau, secou\u00e9e qu\u2019elle \u00e9tait par des acc\u00e8s de toux certainement mesurables sur l&#8217;\u00e9chelle de Richter. Ce n\u2019est donc pas sur une couchette que je vais passer ce voyage de nuit, comme je l\u2019avais na\u00efvement escompt\u00e9\u00a0; mais la conversation est agr\u00e9able, et je me r\u00e9jouis d\u2019entendre partout la musique all\u00e8gre et s\u00e8che de l\u2019espagnol, et toutes ces voix qui plaisantent et s\u2019invectivent d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du wagon. Par malheur, l\u2019air conditionn\u00e9 semble destin\u00e9 \u00e0 nous cryog\u00e9niser, ph\u00e9nom\u00e8ne qui s\u2019arrangera au cours de la nuit (sans doute apr\u00e8s l\u2019\u00e9limination justifi\u00e9e du mauvais dr\u00f4le en charge de la r\u00e9frig\u00e9ration).<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>10h et quelques. Avignon centre. Ecrire ne changera rien. Mais je sens que je n&#8217;ai pas le choix. \u00a0 15h08. Portbou, Espagne. Dans cette petite gare, nous attendons vraisemblablement tous le train pour Barcelone. Moyenne d\u2019\u00e2ge des voyageurs\u00a0: la vingtaine. Jeunes Europ\u00e9ens propres sur eux. Accents germaniques. Froissis des pages de guides touristiques. 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